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Dessins à l’encre de Chine

Le dessin avance lentement, point après point. Le corps visible en est souvent le point de départ : une anatomie, un fragment, un visage, un os. Puis cette unité se défait. Le corps devient divisible. Organes, articulations et membranes se déplacent, prolifèrent, deviennent structures, enveloppes ou paysages intérieurs. À travers ces transformations apparaît le corps vécu : celui qui porte une mémoire, des tensions, des relations et des expériences que sa seule apparence ne peut contenir. À l’encre de Chine, l’image se construit par densités successives. Le blanc reste actif autour des formes. Il les isole, les met sous tension et laisse ouverte la possibilité d’une transformation.
Je commence par un dessin au crayon sec. Il pose les grandes structures, les rapports entre les formes, sans chercher à tout résoudre. L’encre de Chine vient ensuite. Je travaille sans lavis, point après point, ligne après ligne. Les valeurs naissent de l’accumulation : plus les points se resserrent, plus la matière et l’ombre apparaissent. Ce travail est lent. L’encre impose aussi une forme de décision : chaque point reste. L’image se construit progressivement et peut se déplacer en cours de réalisation. Une structure anatomique devient réseau, un os devient architecture, une membrane devient enveloppe. Le dessin s’éloigne ainsi de l’anatomie descriptive pour chercher ce que le corps peut contenir, porter ou laisser apparaître. Je conserve volontairement de grandes zones de papier intact. Le blanc n’est pas un fond à remplir. Il isole les formes, crée des respirations et laisse certains rapports en suspens. Entre les zones très denses et ces espaces laissés ouverts se construit une grande partie de la tension du dessin.