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Ancien corpus - Encres de Chine

Dans les dessins des années 1990, le corps est déjà un territoire instable. Visages, fragments anatomiques, organes et formes indéterminées s’assemblent dans des images souvent denses, parfois saturées. Les figures se mêlent à ce qui les entoure et des scènes secondaires apparaissent autour d’un motif principal, comme les fragments d’un récit dont toutes les relations ne sont pas données. Le corps visible y est soumis à la fragmentation, à la violence, au repli ou à la transformation. Ce qui deviendra plus tard le corps divisible et le corps vécu est déjà présent, mais sous une forme plus immédiate et plus heurtée. L’image accumule plutôt qu’elle n’isole. Elle fait coexister anatomie, mémoire, imaginaire et expérience dans un même espace.
Le dessin commence au crayon, puis se construit à l’encre de Chine. Le point et la ligne sont déjà présents, mais les formes s’accumulent davantage que dans les travaux récents. Les noirs peuvent devenir très denses, les traits se superposer et les différents éléments entrer en collision jusqu’à occuper une grande partie de la feuille. À cette période, je construis souvent l’image autour d’un motif principal auquel viennent s’ajouter des figures ou des scènes périphériques. J’emprunte aussi à des images et à des structures symboliques préexistantes, notamment à l’iconographie religieuse, non pour les illustrer, mais pour leur capacité à porter des récits de corps, de perte, de violence ou de transformation. Ces dessins contiennent déjà une grande partie du vocabulaire que je reprendrai après 2023. Mais la construction a changé : là où les œuvres anciennes procèdent volontiers par accumulation et par choc, les dessins récents isolent davantage les formes, organisent leurs relations et donnent au blanc une place plus importante.